Dans la section: Prières et réflexions

Billet spirituel-Avril 2018

 

OUVERTES À LA TRANSFORMATION

Les transformations au cœur des événements de la société

…un maître de maison sortit de grand matin afin d’embaucher des ouvrières pour sa vigne. (Mt 20,1)

 

Si le décret du Concile Vatican II Perfectae Caritatis sur la vie religieuse recommandait de tenir compte des traits particuliers du monde d’aujourd’hui (1965), nous avons été servies à souhait avec ce qu’on a appelé la Révolution tranquille, ce temps d’éclatement et d’effervescence sociale, ecclésiastique et religieuse.

Un grand bouleversement

La Révolution tranquille avec son slogan « Il faut que ça change! » a affecté comme jamais le monde de l’Éducation. Sans égard pour les communautés religieuses qui avaient, jusqu’ici, exercé un rôle de suppléance, l’État décidait d’assumer lui-même ses responsabilités. En 1964, il créait le Ministère de l’Éducation et établissait une plus grande cohésion dans son réseau d’éducation publique. Désormais, c’est l’État qui dicterait les programmes, le choix des manuels, la façon de reconnaître les diplômes, etc.

En conséquence, les collèges classiques allaient disparaître pour faire place aux écoles polyvalentes et aux GEGEP. Le réseau public s’étendrait aux régions. La formation des maîtres se ferait au niveau universitaire, donc, c’était la fin des écoles normales et du cours classique. C’était déjà l’amorce de la laïcisation de l’éducation, le statut confessionnel ne reflétant plus la société multiethnique.

Temps de désert

Longue épreuve à surmonter! Malaise chez les enseignantes et défis pour les autorités religieuses! « Le temps de la belle uniformité et du contrôle est révolu » (Dominique Laperle). Au-delà de ses émotions, frustrations, incertitudes, il faut rebondir, envisager l’avenir, négocier, user de créativité, se désapproprier. Les sœurs s’engagent à façonner une nouvelle structure institutionnelle. Ce qui ne se fait pas sans heurts ni tâtonnements, ni résistance, ni désertion de forces vives, déplorant la lenteur de la démarche.

Regard d’un témoin extérieur

Dans son livre Entre concile et révolution tranquille, Médiaspaul 2015,  Dominique Laperle fait le commentaire suivant :

Les sœurs étant désormais minoritaires dans le système scolaire et appelées par Vatican II à intervenir autrement et selon les signes des temps, un processus de redéfinition de l’apostolat s’amorce timidement (…). Plusieurs membres de la congrégation voient cette épreuve comme un moyen de relire l’œuvre de la fondatrice et de la relancer sous un angle neuf.

Charisme et mission

Les sessions capitulaires des années 1967-1968 ont donné lieu à de sérieuses réflexions. On y discutera de vie religieuse transformée; de nouvelles manières d’exister pour et avec les humains de son époque; du besoin d’une spiritualité unifiante et dynamique pour mieux saisir le sens de sa vocation de femme éducatrice, engagée dans une œuvre d’Église au milieu du peuple de Dieu.

C’est ainsi que le charisme se déploiera, que le concept d’éducation s’élargira pour devenir action libératrice, développement de toute la personne, et insertion dans la vie et la mission pastorale de l’Église. Le monde scolaire ne sera plus le principal lieu d’engagement. Les champs d’action se diversifieront pour répondre à une variété d’appels où s’allient foi et justice. Un nouveau souffle est donné à la mission.

La suite des jours

Et depuis, les Actes de nos chapitres généraux s’appliquent à préciser la direction par des appels renouvelés à l’ouverture et à l’engagement. Parmi les valeurs prônées, soulignons : la contemplation dans l’action; la solidarité avec les femmes et les personnes migrantes et réfugiées; la justice et les changements systémiques. Pensons aussi à la responsabilité sociale dans le choix de nos investissements; l’interdépendance pour la mission et pour un monde plus juste; les nouvelles formes d’association SNJM; l’écologie intégrale; l’usage des technologies modernes comme moyen de communication et regard posé sur notre monde.

Osons dire que notre pauvreté en ressources humaines est devenue richesse puisque notre mission est aujourd’hui partagée avec des laïques - personnes associées, coopérantes, laïques consacrées, partenaires. Qu’on pense à la relève institutionnelle dans nos écoles privées, aux professionnelles de nos infirmeries, à nos employé-e-s, etc. Des liens de collaboration se sont créés avec des organismes, des ONG, des congrégations religieuses, des réseaux, dont celui de Justice et Paix. Après consensus, des prises de position collective sont affirmées publiquement : l’accès à l’eau, la traite humaine, les migrants et réfugiés. Elles deviennent pour nous un ministère commun.

 

Moment de réflexion

Avec mon regard d’aujourd’hui, je me demande :

Comment les temps de désert traversés nous ont-ils ouvert des chemins de vie? Comment notre « vivre ensemble » et notre mission y ont-ils gagné ?

 

Nous te rendons grâce, Seigneur,

de nous appeler à approfondir notre mission

et à travailler à un monde meilleur.
Par nos gestes quotidiens, fais de nous

des porteurs et des porteuses
de vie, de paix et d’amour.

Simone Perras, s.n.j.m. avec la collaboration de l'ÉLP

Autres articles récents dans la section Prières et réflexions
Développement et Paix – Caritas | « Amour et vérité se rencontrent… »
Développement et Paix – Caritas 17 avril : Journée internationale des luttes paysannes
Développement et Paix – Caritas | Êtes-vous Partagens?
Billet spirituel-Avril 2018
Prière-Réflexion : Poussière d’étoiles
7e semaine pour l’eau – L'eau : un appel à la bénédiction des personnes bienveillantes !
6e semaine pour l’eau – Les robinets ouverts de l'Amérique latine
5e semaine pour l’eau - BIEN VIVRE : LA VOIE QUI MENE A L’ESPOIR – une perspective équatorienne!
4e semaine : LA LUTTE QUOTIDIENNE POUR L'EAU, SURTOUT CELLE DES FEMMES
Semaine 3 pour l'eau